Il y a quelque chose d'envoûtant chez les femmes mariées. Quelque chose de définitif. Je sais bien qu'elles divorcent, elles divorcent presque toutes. Mais avant ça, elles ont dit "oui", une fois, dans une belle robe blanche. Lorsque je vois leur alliance, je pense au jour où elles l'ont reçue. Je pense à leurs joues rouges, à leurs larmes, à leur joie naïve mais sincère. Et quand, après avoir rencontré un beau visage, mes yeux se posent sur une main nue, je ne peux m'empêcher d'être déçu : une femme qui n'est pas mariée n'est pas vraiment une femme. Pourquoi, me direz-vous, ne pas les épouser moi-même ? C'est une tâche trop grave. Je ne veux pas être cet homme là, je veux être celui qui vient après, celui qui brise et qui reconstruit, celui qui recueille, doucement, les déceptions et les rancoeurs d'une femme qui a juré d'appartenir à un autre. On me traite de monstre. Mes amis ne le disent pas, mais il y a de l'insulte dans les sourires gênés...et cette façon si indélicate de me parler de célibataires, avec des airs de par hasard...Souvent, elles ont des enfants. Ils ne m'intéressent pas et, malheureusement, leur naissance a laissé des traces sur les corps. Contrepartie presque inévitable, mais qui me fait rêver parfois au ventre blanc et lisse des jeunes femmes. Rien ne peut égaler, cependant, le déchirement intérieur de la femme mariée lorsqu'elle se donne à moi, la belle promesse qui se trouve salie, parfois dans les draps même où...J'y lis un destin d'une beauté tragique, et dans cette histoire, je suis l'instant décisif. Je risque le refus, mais ce refus même est une extase intense. Oui, ce que j'aime, c'est être une question, une question impérative, de celles auxquelles ne pas répondre non revient à hurler "oui".