"La philosophie est surtout un travail conceptuel". Voilà, c'est dit. Certains élèves regardent déjà ailleurs, le portable sous la table, la pluie par la fenêtre, le cul de la camarade de l'autre rangée...Il n'est pourtant que 14h15..."Méthodologie, point deux, l'organisation de la dissertation". On est loin du cercle des poètes disparus, loin de l'activité libératrice, loin de la fièvre de la libido sciendi. Dire trois mots du programme, peut-être ? Ne pas dire qu'il est trop vaste, absurde, que l'auteur le plus récent est mort en 1984 (tiens donc !) et que, lorsqu'on parle de sciences, Descartes a toujours autorité. Ne pas dire que les concepts sont nazes, que leurs oppositions sont simplistes, qu'il est furieusement dictatorial de boucler un chapitre sur la liberté en faisant se chamailler Freud et Sartre...Que fait ce grand guignol blond ? En équilibre sur les pieds arrières de sa chaise, une gomme sur le bout du nez...Soit. On est terriblement imaginatif lorsque l'on s'ennuie. Faut-il lui rappeler ce qu'il sait déjà très bien ? Que le carrelage est dur, que son crâne n'est pas en béton armé, et que son cerveau a déjà suffisamment de mal avec la pauvre quantité de neurones qui...Ohla ! Doucement, la misanthropie. Générosité, écoute, dévotion. Les mots d'ordres du prof bon samaritain. Tant pis pour le programme. Prendre un ton assuré, poser les bases "Je ne tolèrerai aucun retard dans le rendu des devoirs, ce sera deux points par jours"...T'es maligne, toi, quand ils vont tous sécher puis se ramener en gémissant au cours suivant, une grippe, un stylo plume en panne, une grand-mère décédée pour la cinquième fois...faudra bien que tu réajustes ton échelle. La philosophie est surtout un travail conceptuel. Et enseigner...c'est quoi, le concept ?