Elle ouvrit la porte et une magnifique poule rousse caquetante se risqua à l'extérieur, dodelinant de la tête et faisant tourner dans tous les sens ses petits yeux ronds. Comme c'était grand ! Partout, de hautes touffes d'herbe, aussi hautes qu'elle, de grands pissenlits magnifiques, de l'espace, à perte de vue! Pas de grillage, pas de barrière, rien. C'était tout simplement inconcevable pour un cerveau de poule. C'est alors que quelque chose la serra au niveau du cou. Elle se débattit, écartant ses larges pattes rugueuses, donnant des coups de griffes dans le vide. Impossible de s'échapper. L'étreinte se desserra enfin, la poule essaya de fuir, mais soudain, horreur, nouvelle immobilisation ! On essayait de l'enfermer à nouveau, dans une petite cage grillagée. Elle se mit à pousser de grands cris. Découvrir un monde aussi grand, aussi prometteur, avec probablement une quantité extraordinaire de nourriture diverse, et retourner à nouveau derrière des grilles ?? Ce que ses copines poules allaient être étonnées, pourtant, de savoir qu'il existait un monde sans grillage : une révélation ! C'était un mauvais remake de l'allégorie de la caverne, version poule. Seulement voilà : les poules, ça ne fait de philosophie, ça ne parle même pas...et notre malheureuse protagoniste emporta son secret jusqu'au milieu des poivrons, des courgettes et du laurier sauce. "Alors, tu veux l'aile ou la cuisse ?" "Maman, je peux avoir un peu plus de jus ?" "Tu me passes le sel, s'il te plaît ?" "Tu l'as fait cuire pendant combien de temps ?"