"Etre froid...manipulateur...incapable de faire preuve d'empathie...". Les mots des journalistes rebondissent sur les murs sales de la cellule, le traversent, puis filent à nouveau dans l'espace vide et puant. Il n'est pas triste, mais il se demande. Est-il cette bête que les badauds insultent lorsqu'il arrive au tribunal ? Et ces convulsions qui le traversent, ne s'appellent-elles pas "sentiments" ? Il revoit la fille nue, apeurée, tremblante. Les lions jouissent-ils ainsi de la proie qu'ils dévorent ? Comprennent-ils le pouvoir et la fièvre ? Tuent-ils pour le plaisir ? Il sent à nouveau ses mains sur son cou, sa gorge qui se contracte sous ses phalanges, il voit son visage qui supplie, qui se tord, avec déjà cette expression si précieuse, lorsque la mort est proche. C'est sa drogue à lui, son chocolat, son grand amour, sa cocaïne. Qu'y peut-il, lui, s'il est tombé là dessus ? Se demandent-ils, les autres, ce qu'ils feraient, si soudain, cette gentille voisine venue lui demander du lait devenait si appétissante, si insupportablement vivante, si...Comment peuvent-il dire qu'il n'est pas humain ? Il est l'humain même, dans toute sa belle fureur, sans bornes...et le voilà accusé, traité comme un chien, méprisé. Des excuses, a suggéré l'avocat. Il ne comprend pas pourquoi il devrait s'excuser. C'était un regrettable accident. Elle n'aurait pas du se trouver là, il y aurait du y avoir quelque chose...Si leur Dieu rabat-joie existait, il aurait réagi. Mais il n'y a pas de Dieu, alors ils ont inventé la justice. Pour se protéger de lui, pour se protéger d'eux-mêmes. Pour mieux cacher derrière des murs la laideur de l'humanité.